PROJET SPECTACLE AU THEATRE ASTREE

 

2008-2009

 

  

Présentation du projet

 

 

           . Quels enjeux musicaux et visuels peuvent soulever la musique baroque et la vidéo performance lorsque celles ci se rencontrent?

 

 

            A l'ère de la Renaissance, la peinture va connaître durant les deux premières décennies du Quattrocento une innovation décisive modifiant ainsi  la représentation de l'espace. Il s'agit de la perspective qui marquera la séparation entre l'art médiéval et l'art renaissant.

            Pour la première fois la représentation de l'espace est résolu, grâce à l'emploi de lois géométriques.

            La perspective linéaire devient alors un instrument de connaissance scientifique et d'appropriation de la réalité.

            L'emploi de la perspective est par exemple utilisé dans le tableau de  Jan Van Eyck Portraits des Époux Arnolfini, 1434. Cependant cette œuvre requiert une particularité quant à l'expérience visuelle du spectateur.

 

Jan van Eyck. Les Époux Arnolfini,1434

 

                                                                                                                  .                                                                                                                                                               détail,1434.

 

              

            En effet nous pouvons remarquer que les lignes de fuites convergent vers un seul et même point : le miroir. Un miroir où le spectateur fait l'expérience d'un processus spéculaire où le reflet nous montre la scène représentée d'un point de vue arrière.

Par conséquent le spectateur se trouve dans une position où il est point ''punctum''.

(Dans La Chambre claire,1980, de Roland Barthes, l'auteur appelle ce point qui nous poigne et nous point le « punctum », c'est de là que l'œuvre regarde le spectateur.)

            C'est sur ce point que vont se rencontrer la musique baroque ainsi que la vidéo performance. Nous irons rechercher les notions de la perspective afin de les retranscrire de façon contemporaine.

            Le fait que le spectateur soit point se retrouvera par le biais du dispositif scénique. Sur la scène seront disposés les musiciens que nous nommerons « musiciens performers». Ceux ci seront encerclés par trois écrans de projections (un situés derrière eux, deux autres emplacés sur les cotés de la scène).

            Le public sera placé face aux musiciens-performeurs.Les  vidéos donneront à la musique une dimension spatiale, ouvrant ainsi sur un autre espace, qu'il soit fictif ou réel. Par conséquent dialogueront entre eux trois espaces: l'espace scénique, l'espace diégétique ainsi que l'espace du spectateur.

            Nous essayerons par le biais de ce dispositif d'entremêler ces espaces afin qu'il y ait une abolition de leurs frontières.

            En ce qui concerne les vidéos situées sur les côtés des musiciens, nous avons pensé à traiter le rapport entretenu entre le musicien et son instrument. Lorsque nous nous rendons à un concert classique,nous venons l'écouter. Cependant  nous pensons qu'une frustration visuelle subsiste. En effet le spectateur n'a pratiquement jamais accès visuellement « au jeu » du musicien. Nous entendons par jeu , la posture prise avec son instrument où encore les « points de contact », entre le corps du musicien et son instrument. De cette façon il y aurait une représentation de l'état kinesthésique du musicien avec son instrument.

            Ces vidéos nous montreront par l'emploi de gros plans, par exemple le mouvement des doigts sur la flûte à bec ou encore la vibration de la bouche sur l'embouchure de la sacqueboute. Soit comment le corps du musicien transmet l'émotion par le biais de son instrument, devenant ainsi le prolongement de son corps.

            Ces vidéos placeront le spectateur de manière à être au plus près de l'émotion produite par les musiciens.

            En ce qui concerne la vidéo située derrière les « musiciens performeurs », certains plans séquences filmeront le public. La vidéo serait en intéraction directe avec le public. En effet en référence au tableau de Van Eyck, le spectateur se trouverait dans une position de regardant regardé. En effet celui-ci serait filmé de face et son image serait projetée sur l'écran situé derrière la scène. Le public serait alors point comme est pointé le spectateur dans l'œuvre de Van Eyck.

Une autre partie de cette vidéo sera consacrée à la performance, traitant sur rapport  entre l'intérieur et l'extérieur de l'espace musicale et scénique.

            En effet une performance serait au préalable filmée en extérieur mettant en scène les musiciens, où ils se donneraient à voir comme un tableau vivant. Elle serait filmée en extérieur et en pleine nature. La vidéo deviendrait le médium permettant d'extérioriser la musique baroque. Se jouerait ainsi un échange entre l'espace scénique et les musiciens performeurs et l'espace diégétique qu'est la vidéo.En effet les stimulis auditifs et visuels chez le spectateur seront fortement sollicités.

            Le spectateur sera ainsi le médiateur entre le visuel et le musical, il sera également amené durant cette expérience à faire appel à sa mémoire qu'elle soit collective ou personnelle.

 

 

 

 

            Interpréter la musique baroque aujourd'hui pose un certain nombre de problèmes aux musiciens qui se spécialisent dans cette période : d'une part, la problématique de l'interprétation, d'autre part celle des instruments et enfin, l'intégration de cette musique dans notre société actuelle.

 

 

            La musique baroque reflète une société qui n'a plus rien de commun avec la notre. Elle est alors un outil politique et religieux qu'utilisent les rois et les églises pour assoir leur pouvoir. Un noble s'il est assez aisé, paie un compositeur qui lui est rattaché pour composer chaque jour de la musique célébrant un office religieux, une fête, un bal, une victoire à la guerre, une pièce de théâtre, la signature d'un traité, la promenade matinale, le repas etc. Sont également rattachés aux grands seigneurs les musiciens, payés pour jouer à tous moments. Plus les musiciens et les compositeurs sont doués, plus la richesse de leur mécène apparaît grande.

 

 

            Nous pouvons citer en exemple la dédicace de François Couperin, organiste de Louis XIV, dans l'édition de «l'Art de Toucher le Clavecin» en 1717 :

 

«Au Roi

                                   Sire

            Les marques de bonté, et de satisfaction que le feü ROI, vôtre bisayeul m'a donné pendant vingt-trois ans en écoutant mes ouvrages; Celles de vôtre Auguste père à qui j'ai eu l'avantage d'enseigner la composition, et l'accompagnement pendant plus de douze; et la réussite flatteuse que mes pièces de Clavecin ont eues jusqu'ici dans le public, paraissent des préjugés favorables pour le livre que j'ai l'honneur de présenter à VÔTRE MAJESTE. Si séparément de celui d'être à Elle, je puis apprendre dans quelques années qu'elle l'ait approuvé, alors, rien ne sera plus capable de remplir les vœux de celui qui est avec le plus profond respect

          DE VOTRE MAJESTE

                                              

                                   SIRE

                                                           Le très humble et très fidèle serviteur, et sujet

                                                                                  Couperin»

 

 

 

            La fonction de la musique s'est modifiée avec les changements politiques et sociaux, le basculement du pouvoir de la noblesse à la bourgeoisie durant la Révolution marquant un tournant radical dans l'esthétique musicale baroque.

 

            Trois siècles plus tard, des musiciens tentent de rejouer cette musique, de faire vivre cette époque révolue à travers les éléments artistiques que le temps nous a laissé. Mais comment imaginer qu'elle était alors la notion du beau? Comment jouer cette musique? Comment oublier les siècles d' évolutions musicales qui nous séparent de l'esthétique baroque. Comment avoir leurs yeux et leurs oreilles? Un certain de nombre de traités, de méthodes, de lettres, d'instruments d'époques nous permettent d'élaborer une connaissance relativement précise de cette esthétique mais jusqu'à atteindre les limites auxquelles nous astreignent cette notion de beau qui n'est évidement plus du tout la même.

 

 On peut lire par exemple :

 

«Le goût est indéfinissable; c'est un Certain je ne sais quoi, dont une âme sensible est toujours pénétrée. Une oreille délicate en peut bien saisir les différentes nuances; mais il est impossible d'expliquer en quoi précisément elles consistent.».

 

 

            Comment accéder à ce goût nous autres, hommes du XXIème siècle?

Autant de questions qui révèlent la difficulté (et peut-être même l'hypocrisie...) de la démarche de restitution historique.

L'engagement du musicien baroque actuel peut donc être multiple : il peut vouloir restituer la musique et le contexte dans lequel elle a été écrite de la façon la plus historique possible (sans pouvoir pourtant résoudre les problèmes que nous avons évoqués ci-dessus), ou bien le musicien a la volonté de donner un sens contemporain à la musique ancienne.

            C'est dans le cadre de cette dernière recherche que s'inscrit le projet de cohésion entre la musique baroque et la vidéo.

           

            A l'époque baroque, la notion de salle de concert n'existe pas (les premières salles de concerts ont fait leur apparition au début du XIXème siècle). On peut alors en entendre à l'église, dans les salons des nobles, en extérieur lors de promenades ou de fêtes champêtres, dans les bars et les tavernes, au bal, à l'opéra... Elle est très présente, voir à la cour omniprésente.

            Aujourd'hui, jouer de la musique ancienne dans un salle moderne de 400 places, vêtu de noir, sur une scène surélevée, le public dans l'obscurité, les musiciens éclairés, tout cela semble absurde d'un point de vue historique. Il nous apparaît pourtant bien plus intéressant d'accentuer ce décalage que de tenter une pâle reproduction d'un tableau dont on ne connaitrait pas les odeurs et les sons qui s'en dégagent.

            La vidéo, l'un des médiums des plus contemporain  va nous permettre d'accentuer ce décalage et de libérer la musique d'un carcan dans lequel ce souci d'historicité nous cloisonne.

 

            Le dialogue entre image et son sera instauré afin de donner à la musique une dimension spatiale et le spectateur aura ainsi  regard actif et participatif face à ce qui «se joue» devant ses yeux.

           

 

 

La représentation aura lieu le 13 Novembre 2008 à 20h30 à l'Amphithéâtre Astrée.

6, Av Gaston Berger.

Villeurbanne.

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